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David Teniers

Singes dans une cuisine

Cuivre : 37,1 x 55,6 cm

présentation

David Teniers compte avec Adriaen Brouwer parmi les plus grands peintres flamands de genre du XVIIe siècle. Ses scènes villageoises servirent de modèle aux tapisseries des XVIIe et XVIIIe siècles. Doyen de la guilde de Saint-Luc d'Anvers en 1645, il s'installe à Bruxelles en 1651 où l'archiduc Léopold Guillaume le nomme peintre de la Cour et administrateur de sa collection. Ses premières scènes de genre accusent l'influence d'Adriaen Brouwer et il peint à ses débuts des paysages à la manière de Jan Brueghel et de Paul Bril. Il acquiert par la suite un style personnel qui allie les tons clairs à des coloris chauds. Ses thèmes se diversifient et il réalise outre des scènes rustiques, des tableaux où apparaissent des magiciens, sorcières, médecins et alchimistes. Les personnages font parfois place à des singes ou à des chats costumés. Teniers s'inspire en outre de sujets religieux, mythologiques et littéraires : il peint des allégories et des évènements contemporains ainsi que des portraits. En ce qui concerne les scènes de genre, Teniers a considérablement élargi le répertoire de Brouwer, multipliant les kermesses et autres réjouissances populaires. Et c'est dans des tableaux comme La fête paysanne du Prado à Madrid, Le buveur attablé du Louvre, ou La tabagie au Musée du Petit Palais, que l'art de ce grand peintre exulte.

C'est sur le ton de la satire, que David Teniers aime illustrer les travers de la société de son temps : il remplace les êtres humains par des singes, symbole de la bêtise et d'une certaine décadence des mœurs. Déjà Pieter Bruegel l'Ancien s'était rendu célèbre pour avoir peint un petit panneau représentant deux singes, signé et daté 1565. Propriété du plus grand collectionneur anversois du XVIIe siècle, Peter Stevens, cette œuvre présente deux petits colobes à têtes rouges, une espèce rare que l'artiste aurait pu voir dans le port d'Anvers. Ce tableau a très tôt suscité le questionnement des historiens de l'art : doit-il se lire comme un simple tableau animalier ou comme une satire de l'espèce humaine ? Comme toujours dans la peinture de ce temps, la vérité comporte de multiples facettes et si les singes font bel et bien référence aux basses passions de l'homme, l'artiste n'en réussit pas moins à nous les représenter avec une fidélité morphologique toute scientifique. Teniers s'emploie à représenter dans cette cuisine un grand nombre d'espèces de singes : macaques, gibbons et autres capucins se partagent l'affiche et s'activent à la préparation d'un repas.

Si Teniers stigmatise d'habitude la société par des jeux de hasard, alliés à la consommation de vin et de tabac, il opte pour d'autres activités que celles devant prendre place sur le parvis ou à l'intérieur d'une auberge. Cette composition illustre le cœur d'un office, où l'on s'affaire à la préparation d'un festin : confectionner des mets, déplumer gibiers et volailles, attiser le feu sous la marmite, dresser les plats et remplir les brocs de vin. Plusieurs petits groupes de singes sont répartis pour l'exécution de diverses tâches. Le groupe central, fait de trois singes découpant les pièces de viande, n'est pas sans rappeler les Singes joueurs de cartes esquissés à la plume du Louvre. On reconnaît là le caractère vif et enlevé de sa touche, celui qui donne aux postures des différents protagonistes une allure plein de vie. La Fête de singes en extérieur datée de 1633 donne cette même impression de foisonnement de détails et d'équilibre de la composition. Au premier plan, figurent deux éléments qui sont repris dans notre cuisine : à gauche, la nature morte faite d'une généreuse corbeille d'osier contenant grappes de raisin et fruits variées et au centre, faisan, petit gibier à même le sol et coupe de porcelaine à décor bleu et blanc de Chine contenant des fraises.






L'habillement bigarré des singes de notre scène de cuisine anime l'ensemble de fantaisie et rompt avec les tons sourds de la scène de l'Hermitage. On y retrouve cependant des éléments séduisants tels que l'étagère du fond, l'imposante cheminée et la suspension qui présente non plus un chapelet de saucisse mais une pintade, une volaille déplumée et une généreuse darne de saumon. Sous ce dispositif est accrochée une gravure représentant un portrait de profil, identique à celui ornant le dessous de l'étagère de la composition de l'Hermitage. A droite, la table ronde nappée de vert, son chef de cuisine au bonnet à plumes dressant les plats autour d'une magnifique tourte de paon, rappelle les préparatifs au festin conservé au Château de Johannisburg en Bavière.

Irrésistible par sa drôlerie, ce cuivre donne toute la mesure de l'art de Teniers, peintre satirique. On sait ses singeries extrêmement populaires, inspirantes et copiées. Dans la vente en 1821 du marchand de tableaux gantois Thomas Loridon de Ghellinck est fait mention au numéro 86, d'un " repas de singes, avec des habits grotesques, dans une cuisine, où les mets les plus délicats sont en profusion : un maître singe à barbe grise et en tablier, dirige la cuisine près du feu, avec un aide. Composition burlesque et très-variée. Bois h.10, l.13 pouces. ". Ici, au centre, un autre singe au tablier gris pelant des légumes, agite son couteau pour faire fuir trois fauteurs de trouble : les chats surgissant dans l'encoignure de la porte sont-ils encore plus roublards que les singes ?


Provenance :
Collection privée, Europe.