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Ambrosius Bosschaert

Tulipes perroquet, rose, fritillaire, jonquilles, narcisses et autres fleurs dans un pot en verre, papillon et mouche sur une table de pierre

Panneau
25,3 x 19,4 cm

présentation

Ce délicat bouquet est comme un manifeste. Celui de la maestria incomparable de son auteur, Ambrosius Bosschaert l’Ancien, maître incontesté de la peinture florale au début du XVIIe siècle dans le nord de l’Europe. Il en est même le pionnier aux côtés de Jan Brueghel l’Ancien (1568 – 1625) et Jacques de Gheyn (1565 – 1629). Cette époque marquée par les grandes découvertes vit les explorateurs rapporter de leurs excursions de nouvelles variétés de fleurs d’une grande beauté. L’engouement pour la botanique ne tarda pas à s’emparer des particuliers qui firent de ces spécimens exotiques des produits de luxe à collectionner au même titre qu’une œuvre d’art. Moins coûteux que les plantes réelles, – le prix de certaines tulipes étant devenus prohibitifs – les tableaux de fleurs connurent un succès incroyable et la demande se fit très importante. Ce fut aussi une période de renouveau scientifique et l’observation scrupuleuse de la nature occupa nombre d’érudits. La cité hollandaise de Middlebourg abrita d’importants jardins botaniques ainsi que des collectionneurs et d’éminents spécialistes à qui l’on doit des herbiers et des recensements de la flore locale. Autant de précieuses sources de travail pour les artistes peintres et graveurs qui se firent le relais de cette tendance en transcrivant au plus près la réalité vivante, ce que fit Ambrosius Bosschaert avec brio.

Notre tableau allie avec bonheur le souci de l’exactitude botanique et la pureté esthétique de fleurs particulièrement raffinées et complexes. L’œuvre de Bosschaert témoigne de son habilité à arranger des bouquets dans lesquels dessin et pigments, forme et couleurs sont orchestrés harmonieusement pour le plaisir des yeux. La pièce maîtresse est cette tulipe dite « perroquet » aux panaches rouges et blancs dont la vitalité ascendante contraste avec la fritillaire au motif de damier caractéristique. Une très belle rose tout à fait éclose au centre voisine avec des jonquilles et narcisses éclatants. Un papillon butine un magnifique œillet marbré, la forme de ses ailes rappelant la petite violette. Une délicate ancolie au bleu sourd se cache dans la pénombre, au second-plan. Le bouquet est placé dans un verre à vin en verre soufflé avec petits bulbes renflés en forme de larmes typiques des « roemer ». La composition florale aux coloris éclatants et à l’équilibre parfait se détache à merveille sur le fond sombre. La mouche posée sur le parapet de pierre est récurrente dans l’œuvre du maître.

Notre panneau peint est remarquablement proche d’un tableau aux dimensions quasiment similaires, daté 1614 et monogrammé d’Ambrosius Bosschaert l’Ancien (fig. 1). Il s’agit d’une huile sur cuivre portant la date 1614 et dont la composition figurée est identique à la nôtre, à l’exception du papillon. Il est très probable que le peintre ait réalisé les deux œuvres côte à côte, ce qui n’était pas inhabituel dans sa pratique. Il est logique que le succès conséquent rencontré par ses créations l’amena à reproduire ses formules florales. Le tableau que nous présentons est donc de la même année que l’exemplaire de Londres, tel que le confirme le spécialiste Fred G. Meijer[1]. Une Nature morte avec tulipes panachées vers 1606 (fig. 2) présentée par Sotheby’s en 2014 ainsi que des Fleurs dans un vase en verre aux alentours de 1612 (fig. 3) constituent des variations de choix autour du thème de prédilection de Bosschaert.

Le tableau Tulipes perroquet, rose, fritillaire, jonquilles, narcisses et autres fleurs dans un pot en verre, papillon et mouche sur une table de pierre d’Ambrosius Bosschaert représente un exemple d’intérêt majeur au sein d’un corpus passionnant, représentatif de l’essor considérable des natures mortes, et plus particulièrement des tableaux de fleurs au XVIIe siècle. L’observation poussée des modèles végétaux réels ou reproduits dans les recueils de botanique conduit à de remarquables peintures réalistes servies par une palette chatoyante et un dessin soigné, signature du maître natif d’Anvers.

[1] Monsieur Fred G. Meijer a confirmé oralement l’authenticité de notre œuvre à l’occasion de sa présentation en vente par Christie’s, le 8 décembre 2015 à Londres.


Fig. 1 : Ambrosius Bosschaert l’Ancien, Fleurs dans un vase en verre, 1614, huile sur cuivre, 26 x 20.5 cm, National Gallery, Londres.

Fig. 2 : Ambrosius Bosschaert l’Ancien, Nature morte avec tulipes panachées, hyacinthe, primevère, violette, ancolie, muguet, cyclamen, souci et œillet dans un vase en verre, papillon et mouche, 1606 ou 1608, huile sur cuivre, 21 x 17.2 cm, Sotheby’s New-York, vente du 10 novembre 2014.

Fig. 3 : Ambrosius Bosschaert l’Ancien, Fleurs dans un vase en verre avec motifs de mûre, brin de romarin et mouche, vers 1612, huile sur cuivre, 23 x 18 cm, Galerie Johnny Van Haeften, Londres.

Provenance
Galerie Johnny Van Haeften, Londres, 1984 ;
Galerie De Jonckheere, Bruxelles/Paris, 1994 ;
Collection privée.