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de jonckheere old master

Maître au perroquet

Vierge à l’Enfant dans un paysage panoramique

Panneau
62 x 40 cm

présentation

Exotique dans l’occident médiéval et de fait admiré dans les cours princières, le perroquet n’était que peu représenté par les artistes. Communément vert et confondu avec la perruche des Indes, il est symbole de l’amour naissant. Mais par la capacité que lui imputaient tous les traités de zoologie et les encyclopédies du Moyen-Age à prononcer ave en salutation, comme la première parole de l’archange Gabriel à Marie lors de l’Annonciation, il pouvait être associé à la Vierge comme symbole allégorique de sa pureté et sa virginité.

On peut considérer l’iconographie produite par le Maître au perroquet comme un répertoire de variantes sur les thèmes de la Marie-Madeleine et de la Vierge à l’Enfant. Mais contrairement à ses contemporains, le Maître au Perroquet se démarque par le traitement particulièrement raffiné de ses paysages ouvrant sur de magnifiques perspectives. Dans cette version, le regard du spectateur se laisse entraîner par monts et par vaux à la découverte d’un monde fascinant. L’arrière-plan de la composition s’ouvre donc sur un hameau cossu environné de pitons rocheux. Attentif aux moindres détails, l’artiste a délicatement composé le paysage de maisonnette et de chemins sinueux. Sa palette déploie ici des camaïeux de verts et de bleus, donnant à l’atmosphère douceur et quiétude.

Ce panneau rassemble de multiples caractéristiques qu’on retrouve dans les œuvres de ce maître. La coiffure de la Vierge par exemple, boucles enserrant le visage agrémenté d’un bandeau de perles avec en son centre une perle sertie se retrouve dans la Vierge à l’enfant conservée au musée des Beaux-Arts de Strasbourg. Encore d’après la tradition médiévale, le manteau de la Vierge est brodé d’un liseré de motifs ornementaux dorés, or ce détail se retrouve, accompagné de celui du pied de raisin massif offrant deux teintes, et du détail du col de la robe présentant un empiècement de fronces transparentes, dans la Vierge à l’enfant des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique.

L’œuvre à laquelle cette Vierge à l’Enfant ressemble le plus est conservée dans une collection privée : une composition aussi avec paysage panoramique, où l’Enfant assis reprend la même gestuelle que dans notre panneau : les yeux baissés vers le perroquet qu’il tient de sa main gauche en lui donnant de la droite un grain de raisin. Mais l’on retrouve souvent l’Enfant Jésus debout de notre panneau, la main droite de sa mère le soutenant, la gauche posée sur le cœur de Jésus. De la même manière, est caractéristique des représentations exécutées par notre maître la tenue de la Vierge. Car s’il est conventionnel de la figurer dans une robe bleue et un manteau rouge, la manche bordée de fourrure apparaît toujours chez les Vierges du Maître au perroquet.

La qualité de ce tableau est exceptionnelle : le traitement des volumes et de l’espace, du modelé, du paysage panoramique à l’arrière-plan, de la nature morte composée au premier plan à gauche, et à droite derrière la Vierge des œillets reconnaissables à leur forme de clous, étonnent par la précision du trait et la minutie de la touche. Car le véritable sens de cette œuvre réside dans la nature morte au premier plan. Raisins et œillets sont tous deux les symboles de la Passion du Christ et de la Rédemption rendue possible par son sacrifice, tandis que le bouquet de violettes symbolise la modestie, l’humilité et la soumission à la volonté divine. Le velouté des teintes, la finesse et la souplesse des drapés, la délicatesse du voile de la Vierge tendent à faire de notre panneau dévotionnel une image séductrice invitant à une rêveuse contemplation.
Littérature : Max J. Friedlander, Early Netherlandish Painting, "Jan Van Scorel and Pieter Coeck Van Aelst", Bruxelles, 1975, vol. XII, pl.210.

Provenance : Collection privée, France.